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15.07.2009

La Terre est notre oeuvre d'art

 

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La conviction que le travail artistique en solo n’est plus la réponse épique à l’époque m’est de plus en plus intime. Nos œuvres (tableaux, livres, images, musiques, films, performances...) sont si pléthoriques qu’elles resteront aujourd’hui plus ou moins inoffensives si elles ne s’incarnent pas dans un mouvement, un mouvement qui ne soit pas une église esthétique mais une lame de fond transformatrice des modalités de la perception et de l'existence communes.

 

D’autres l’ont souhaité, avant, y compris le surréalisme, ou l’Oulipo. Mais c’étaient des époques où les artistes étaient relativement rares et se servaient parfois des mouvements pour faire carrière. Aujourd’hui nous sommes à l’ère des artistes-sans-œuvre : tout le monde ou presque est ou se veut artiste. Tant mieux, dans un sens, mais que ce ne soit pas pour proposer des pièces, des morceaux, des objets qui se superposent et s’additionnent à la masse pléthorique des pièces, morceaux et objets artistiques disponibles. Le monde ne sera pas moins capitaliste si nos marchandises s’esthétisent. Le monde n'en sera que plus gestionnaire si les artistes eux-mêmes surproduisent, signatures contre signatures, chacun cherchant à étendre son territoire de séduction.

 

Faire mouvement pour dépasser l’artiste. C’est l’avancée que propose le créalisme : que la Terre soit désormais notre œuvre d’art commune, que nos pièces s’insèrent dans cet édifice collectif, qu'une architecture en réseau, co-créative, se dessine, mais que nous cessions de faire de l’art dans notre cellule, sans oser bâtir une cité telle que nous la rêvons, sans nous préoccuper des autres tels qu'ailleurs ils s'enclavent dans des courses à vide, dans les cages à chocs de la survivance, dans la volonté de statut (d'artiste, de maître, de dominant, de victime...).

 

En tant qu’artistes, nous ne devrions pas être en compétition les uns avec les autres. Nous ne sommes pas des producteurs d’objets consommables. Nous préparons le monde de demain, nous construisons la Terre comme œuvre d’art, et cela ne pourra se faire qu'en diluant notre ego trip dans un devenir humain plus vaste. Dans ce cas, oui, nous pouvons dire que nous avons tous à être artistes, mais par une œuvre commune qui transcende les articles de presse, les rétrospectives, les dictionnaires : la Terre.


Voilà ce que propose le créalisme : que nous soyons les architectes de la Terre et les artistes de l'existence, dont personne n'a encore prouvé qu'elle puisse être solipsiste, indépendante des autres. Le programme est magnifique : construire un monde où les humains dépassent leur incommunicabilité, leur aliénation partout présente, à tel point qu'il semble naturel à certains d'admettre que nous ne pouvons jamais être proches, hommes et femmes, enfants et adultes, artistes et artisans, ouvriers et penseurs.


Proches, nous le deviendrons, d'une fraternité de bâtisseurs de cathédrâles, si nos efforts sont tendus vers la Terre : éco-créalisme en effet. Relisons Marshall McLuhan : « Il est probable que dans le domaine de l’information, la plus importante des révolutions imaginables ait eu lieu le 17 octobre 1957 lorsque le premier Spoutnik instaura un nouvel environnement autour de la planète. Pour la première fois, le monde naturel se trouvait entièrement ‘contenu’ dans un ‘contenant’ artificiel. Dès que la Terre fut placée à l’intérieur de cet artefact humain, ce fut la fin de la nature et le début de l’écologie. Il était inévitable que la ‘conscience écologique’ naisse au moment même où la Terre acquérait le statut d’œuvre d’art. »

 

Le désordre, c’est la vie. L’ordre, c’est la survie. La liberté, c’est l’existence, c’est-à-dire l’extase qui peut naître de la dialectique entre vie et ordre, lorsqu’elle est vécue, non pas par un consommateur, ni par un statut d'artiste en attente de statue, mais par un homme ou une femme d’action, lié à d'autres humains en acte et en oeuvre.

 

La Terre est notre oeuvre d'art en devenir, impétrifiable fille de la vie et du chaosmos, nous accueillant pour jouer de ses cordes sensibles et sensées, en harmonie.

 

 

 


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