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25.02.2010

À l'écart

 

 

 

Ce matin-là, Louise avait vingt ans. C’était le jour de son anniversaire, et par la fenêtre elle vit qu’il pleuvait. Allongée sur son lit, elle se demandait que faire de sa journée – ce n’était pas qu’elle manquait d’idées, au contraire elle en avait trop. Elle se prélassa en regardant la photo d’Alcibiade le cosmonaute, au-dessus de son bureau d’étudiante, un homme en combinaison spatiale flottant au-dessus de la Terre qu’elle avait baptisé Alcibiade deux ans plus tôt, après un cour de philosophie sur ce jeune Grec contemporain de Socrate, qui symbolisait l’ambition et le charme. Elle se confiait souvent au cosmonaute en imagination et même parfois à haute voix, à moitié sérieuse, à moitié par dérision. Elle glissa hors du lit, s’étira vers le plafond et inspira profondément ; elle ne se sentait pas plus sûre d’elle que la veille.

Elle avait toujours des envies diverses. Ses amis la disaient talentueuse dans divers domaines : le dessin, la chanson, la photo, l’écriture. Quand elle en parlait, une moue moqueuse se dessinait sur son visage, qui signifiait qu’elle n’était pas dupe, qu’il ne faut pas se fier aux avis des amis, toujours trop flatteurs. C’était pourtant vrai qu’elle se sentait artiste, qu’elle n’avait pas l’intention de s’ennuyer dans la vie comme déjà elle s’ennuyait sur les bancs de la fac. Mais elle se contentait pour l’instant de toucher un peu à tout sans explorer aucune discipline de manière intensive. Elle avait même fait quatre ans de harpe, avant d’abandonner cet instrument. Et comme tout ce qu’elle avait déjà abandonné, elle disait qu’elle s’y remettrait un jour. Elle ne savait pas dans quelle direction s’engager. Il y avait trop de possibilités, trop de choix, et elle ne voulait pas vivre que de choix, mais d’évidences, de passion plus fortes que la raison ou la volonté. En fait, elle ne savait même pas si elle avait envie de s’engager – depuis plusieurs années elle se sentait souvent à l’écart, comme si le monde dans lequel elle était née n’était pas son monde, ou pas vraiment. Quelque chose clochait, mais quoi précisément ? Ce n’était pas si facile à dire mais ça l’angoissait parfois, et alors elle s’enfermait dans sa chambre. Ce soir, se dit-elle en regardant Alcibiade, elle se sentait à moitié terrestre, et à moitié extraterrestre.

 

 


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Commentaires

Je trouve que vous avez bien retranscrit l'ambivalence des émotions que l'on porte en soi à 20 ans, je me suis sentie Louise le temps de la lecture !
L'atmosphère que vous créez est douce amère, l'écriture sans chichis reste poétique, j'ai l'impression de lire un film; me laisse un goût d'agrume.

Écrit par : Alice Block | 25.02.2010

Un "incipit" qui fonctionne. Un vrai style. Peut-être ici et là, des expressions un peu trop intellectuelles. Un personnage attachant. On a envie de connaître la suite de son histoire.
Donc, une réussite

Écrit par : Robert Notenboom | 25.02.2010

Merci Alice... N'avons-nous pas toujours 20 ans...

Écrit par : Luis | 26.02.2010

J'ai peur pour cette Louise (enfin, pour les gens qu'elle représente, puisqu'elle est fictionnelle)
esperons qu'elle ne bascule pas du côté obscur de la force...
celui du consommateur spectateur et résigné bien sûr

Écrit par : Sébastien | 11.05.2010

le coté obscur de la force, c'est la lâcheté - qui vient d'une soumission au principe de réalité.

Écrit par : LdM | 11.05.2010

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