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26.04.2010

Créattentat au Louvre (19 avril 2010)

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22.04.2010

Le visage du monde

 

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Henri se trouvait dans le corps d’un dragon longiligne, un serpent géant aux organes humains. L’animal se déplaçait à travers la campagne à une vitesse vertigineuse. Henri portait une chemise verte taillée dans les rosiers et le tangage balançait sa tête de gauche à droite. Il se sentait immensément heureux et seul. Il y avait en lui des torrents de neige et un baume solaire qui réchauffait les pierres. Il sentait que l’avenir serait son présent, doux comme un songe, intense comme une promenade sur les braises du désir et du temps. C’était un dimanche de mars et les températures extérieures étaient encore froides. Nous étions, selon le calendrier en vigueur, dans la deuxième décennie du XXI siècle, mais Henri savait que ce calendrier était caduc. Il y avait quelque chose de rassurant dans le fait d’accepter le monde tel qu’il nous avait été légué, avec ses représentations normées, ses émotions prédéterminées, ses mots usés jusqu’à la corde, ses peurs toutes faites. Mais Henri faisait partie de la race des téméraires, celle dont il est dit qu’ils souffriront de la lâcheté de la plupart jusqu’au jour où ils rencontreront leurs semblables. Il lui arrivait encore de se ronger un peu les ongles, par solitude, mais depuis quelques temps il se savait de moins en moins seul. Il rencontrait de plus en plus souvent quelques nouveaux humains, ceux qui avaient compris que la civilisation occidentale s’était effondrée, ses fondations rongées par la médiocrité, les contradictions et l’absence de courage. Henri sourit ; il se sentait joyeux. La fin de ce monde était une bonne nouvelle. En revanche, il fallait précipiter sa chute.

Henri regarda par la fenêtre : le paysage se décomposait en pans de couleurs, ocre, pourpre, vert comme sa chemise. On lui avait souvent dit qu’il était audacieux. C’était flatteur, mais il savait qu’il ne fallait pas s’y complaire. Il y a parfois des avantages à ne pas se jeter dans le feu de plain-pied, pour le contourner plutôt. Avancer en ligne droite n’est pas toujours la plus fine des manières, les orientaux le savaient avec leur jeu de go et ses déplacements latéraux. Dans un sens, l’audace devait rester inconsciente pour rester pure et subtile. Ce qui importait, c’était de se déplacer dans un référentiel plus vrai. Le codage normatif de l’occidental moyen était une camisole de force, et se précipiter contre le mur de sa cellule était certes courageux mais inutile. Ce qu’il fallait, c’était démasquer les morts-vivants, se dit Henri en souriant, tandis que le dragon semblait s’envoler au-dessus des champs à force de vitesse. Dehors, des moutons paissaient, points beiges perdus dans le fond de la toile en suspension docile. Des ponts de bois franchissaient des rivières désœuvrées et indifférentes. Henri regarda à l’intérieur du compartiment ; quelques têtes silencieuses dépassaient de leurs sièges. Le décor qui apparaissait par la fenêtre semblait incrusté à posteriori. Peut-être l’était-il ? Dans ce cas, Henri était le héros d’un film – restait à savoir ce qui était le plus vrai : l’intérieur du dragon ou le paysage. Pour l’instant, lui paraissait plus vrai l’espace à l’intérieur duquel il évoluait. Il éprouva un frisson, comme si un courant frais circulait entre les vapeurs chaudes du compartiment. Peut-être le contrôleur venait-il de baisser le chauffage ?

Il aperçut une lumière rouge qui venait modifier la configuration de l’intérieur du dragon. Peut-être celui-ci s’apprêtait-il à déverser son feu sur un bosquet trop rectiligne. Derrière lui, une petite fille cria : « Des chevaux, on a vu les chevaux ! » Sa petite sœur la corrigea : « Deux chevaux ! » Henri se concentra. Il voulait voir le monde tel qu’il était, et pas tel qu’on le lui avait appris. Il fallait donc, inlassablement, casser les représentations. Une petite fille était autre chose qu’une petite fille. C’était une voix organique, une faille de fantaisie à l’intérieur du dragon, un jeu à l’intérieur du grand jeu, la possibilité du délire. Henri regarda ses chaussures, élégantes, grises, de facture classique mais en daim. Il les avait retirées et elles étaient alignées par terre, devant le siège voisin, comme si un homme invisible était assis à côté de lui, plus sérieux que lui. Il se demanda ce qu’il allait faire de son dimanche. Il n’était pas marié et ne vivait avec aucune femme. Il n’avait pas beaucoup d’amis et d’une manière générale préférait la solitude à la fréquentation des personnes qui ne l’attiraient pas avec ferveur. Dans son existence actuelle, se dit-il, peu de choses l’attiraient avec ferveur, et peu de connaissances humaines le passionnaient. Depuis la veille au soir, il avait décidé de procéder à une révision méthodique de ses croyances et de son mode de vie. Cela supposait de laisser affleurer à sa conscience des idées qui peut-être s’avéreraient fausses au fil des semaines. L’important était de se maintenir fermement dans cette attitude de déconditionnement. Il était décidé à découvrir le vrai visage du monde, et cela ne se ferait pas sans lutte contre le voile de l’illusion. Il était à l’intérieur du dragon qu’il devait vaincre, ou dont il devrait se faire un allié. Il était embarqué dans le train de la vie et à ce titre devait en subir les aléas communs avant de se libérer. Derrière lui, la petite fille chantait : « La sorcière est morte ! Il y a les fées qui arrivent ! Il y a le prince qui monte les escaliers ! »

 

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21.04.2010

MANGE-TOI

 

La femme trentenaire a commencé à se manger systématiquement. En elle trop d’éléments non vitaux pompaient l’énergie des autres. Elle était trop nombreuse encore. Il fallait procéder, à l’intérieur d'elle-même, à quelques meurtres. Cannibalisme interne. Autodigestion. Tu es ce que tu ne digères pas. Tu dois devenir ce qui a résisté à une méthodique autophagie.

C’est vertigineux, lorsqu’on y pense. On passe tant de temps à accumuler des expériences, qui font naître en nous autant d’entités contradictoires. À lire tant de livres, à absorber tant de connaissances qui en nous ont du mal à s’unifier. Et puis un jour, raconte-t-elle, dans l’espace déterminé d’une soirée parisienne, on pédale en plein salon sur un vélo d’appartement, tout en parlant négligemment à un jeune homme assis à côté, amusé, timide. Tout à coup on aperçoit une immense glace, devant soi, et l’on ne se reconnaît pas.

L’on se trouve spirituellement – si ce que nous voyons est le reflet de notre paysage intérieur – un peu bouffie, gonflée, remplie d’un volume en partie superflu. D’autres diraient : mal dégrossie. L’apparence physique redouble une identité encore trop vacillante, lourde, aqueuse, vite fatiguée car transportant trop de fardeaux vains et de sécrétions toxiques. Le chameau de Nietzsche. Une seule solution à cette congestion : se manger. Pas complètement. Se manger, me dit-elle. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la pure expression de soi. Le corps triomphant.

Car l’essentiel doit être ici dit : la faim qui nous anime sans cesse peut devenir une alliée, à condition de se tourner aussi – surtout ? – vers l’intérieur. Le pire de soi est encore un plus sain aliment que le meilleur de l’autre.

La faim la ronge ces derniers temps, sous forme d’impatience ; faim mentale, physique, d’événements, de beauté, d’amour, de joie, de différence, d’orgies, en somme de tout ce qui s’oppose à l’ennui et au rien, au temps mort. Cette faim ne doit pas se chercher autant d’objets extérieurs, elle le sent. Il faut manger son ennui, son inaction, son absence d’imagination, il faut manger ce qui en soi n’est plus que chair morte, pensées lourdes et stériles, conditionnements, habitudes mauvaises, petits désirs détournés de leur pureté. Tourner son désir vers soi.

Peut-être certains bons morceaux s’ajouteront-ils aux abats ? Satisfaire alors sa faim de sublime en lui donnant le meilleur aliment qui soi : soi.

Je me mange, impératif catégorique, murmure-t-elle.

Et toi aussi, mange-toi ! Ou alors explose...

 

 

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13.04.2010

Les malentendus du temps

 

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C’est le printemps, quatre ans plus tôt. Je marche dans les rues de New York. J’aperçois cette femme de dos, sans visage, contemplative. Elle ne semble pas attendre, plutôt défier un passé qu’elle ne comprend qu’en partie, comme s’il devait rester pour toujours masqué par la lumière, plutôt que par les colonnes. Les briques du temps s’amoncellent et pourtant c’est comme si cet immeuble n’avait rien d’essentiel, comme si la nourriture du passé devait être légère comme une plume, fine comme un pli de robe. Nous vivons ce songe où la première impression nous échappe aussitôt enfermée dans son évidence sourde : la perspective est le revers de l’absence de perspective, l’horizon se dérobe à force d’être scruté. Après tout, cette femme que je n’ai jamais vu de face a peut-être pour seule fonction de me tourner le dos, résolument hostile à ce qui derrière elle pourrait inverser l’attente vaine. Hello, je suis là. Mais trop tard, cette photo a été prise quatre ans plus tôt, et la femme n’est plus adossée aux colonnes. Elle s’est peut-être retournée entretemps. Mais je n’étais plus là…

 

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06.04.2010

Nous sommes le corps créaliste

 

Les nostalgiques du temps cèdent le pas aux conquérants de l’espace. Les individus aboient encore quelque peu, s’exhibent encore à hue et à dia, les collectifs se croient encore dissous dans les cercles vertueux, et pendant ce temps se déploie le corps créaliste, disparate et relié. Corps s’écrit de même au singulier et au pluriel. Je suis vous et vous êtes moi. L’illusion de l’autoprésence rassure la représentation médiatique, mais les plus fidèles connaissent la chanson. Les multiples faces de notre corps prennent couleur, les manifestations tissent leur toile et s’incarnent ici et là. Une géographie s’étoile. Vous êtes les nés et les naissants. Mille visages et une harmonique orchestrale. Une profusion à la saveur orgasmique, théorique, théodicée par-delà le rien et les râles. Le silence et l’absence nous nourrit autant que l’hyperapparition. Nous sommes la méduse et notre radeau est le navire monde, tentaculaire et charnel. Je suis vous, vous êtes moi. Nous sommes le corps créaliste.

 

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02.04.2010

Hymne créaliste

SoireeCrealiste9Avril2010HQ by Créalisme Musical

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