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01.09.2010

NOUS SOMMES LE CORPS DU SURPOÈTE


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Si l’on désire qu’explosent les scléroses du monde, il faut s’identifier à un axe fixe, comme une colonne vertébrale autour de laquelle se déchiquète le chaos. Cet axe créateur qui seul survivra à l’apocalypse, c’est le Surpoète. Il ne s’agit pas d’une seule personne, mais d’un collectif, d’une idée incarnée dont quelques corps se sont plus imprégnés que d’autres. Mon propre corps est en train de se laisser gagner par cette valeur, ce principe, cette idée. Cela a bien sûr des répercussions sur ma biographie quotidienne. D’un certain point de vue, je suis un habitant de Paris, ville mortifère et peut-être salvatrice comme peut l’être la mort – Paris poulpe gluant qui tend à avaler toutes vos forces. D’un certain point de vue, je suis un individu banal, sur le point d’avoir trente-neuf ans, célibataire, sans enfants, issu de la classe moyenne statistique, de taille également moyenne, de physique moyen. Voilà pour le prisme de l’ennui. Il ne faut pas penser que l’ennui est une affaire personnelle. L’ennui est aujourd’hui produit en masse, c’est le résidu de la lâcheté et de la bêtise, de la peur et de l’absence de courage. L’ennui, c’est la division, l’atomisation des consommateurs réifiés et sans horizon.

Vous tenez ce texte entre vos mains ou vous le lisez sur un écran, qu’importe : c’est que vous sentez monter en vous les forces du Surpoète et que vous savez la fragilité d’une exuvie, d’une nouvelle naissance. Nous devons nous soutenir les uns les autres. On ne devient pas un Surpoète sans souffrir dans sa chair de terribles moments de solitude, de sensation d’étrangement. Ceux qui s’accrochent à l’ancien monde vous feront payer cher votre ralliement. Ne sous-estimez pas leur méchanceté et leur idiotie : gardez pourtant votre générosité conquérante, votre tolérance créative, qui sont le vrai pouvoir. Attendez-vous à chaque instant à subir le çabotage de ceux dont vous espérez qu’ils aient les yeux ouverts. C’est au moment de prendre une décision que leur bêtise éclate. Dans l’indétermination d’une discussion abstraite, ils peuvent faire illusion, ils seront d’accord avec vous, ils approuveront toutes les folies. Mais au moment de décider, au moment de passer à l’acte, de faire jouer leur embryon de pouvoir en votre faveur, ils redeviendront lâches, asservis à la crainte, à l’argent, à la conformité de leur esprit de caste. Enjoués ou somnolents, ils sont les ennemis des Surpoètes.

Qu’importe. On peut dire que la vie est belle car elle se donne aux Surpoètes. Les autres sont déjà morts, ils s’agrippent, ils font durer leur monde infâme en s'accrochant à leurs contradictions, ils créent des trous noirs de turpitude, ils alimentent les tentacules du poulpe, ils pèsent, ils déchiquètent les ailés avec leurs dents, ils croient avoir le sens des réalités, ils sourient et nous voyons des squelettes et des crânes.

Qui est le Surpoète ? Que veut-il ? Patience : vous le sentez en vous. Laissez monter ces impressions par touches de lumière, ne cherchez pas d’emblée à minéraliser le monde naissant par des raccourcis idéologiques. Concentrez-vous d’abord sur cette seule idée : le Surpoète est celui qui crée le monde dans lequel il vit, au nom de la Vie. Bien entendu, il est fils du poète, il aime donc le beau, il admire le sublime, il contemple les manifestations de la vie dans ce qu’elles ont de plus divin, de généreux, de générique. C’est un être esthétique mais vrai. Il hait la médiocrité réaliste, les réflexes adaptatifs : il veut créer des mondes, il est un adorateur du multiple habitable et des cohérences diverses. C’est un aventurier qui croit que chaque instant doit être intense, riche de différences et purifié de déchets morbides, que chaque jour doit être une puissante aventure et élever notre âme au statut d’héroïne du devenir.



 

 

 

11:08 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

Bel écrit, belle vision, belles pensées...de séparation ?! Les autres... nous autres, nous nous créons inlassablement et nous emparons de l'image qui nous sert le mieux...Créalistes ? Cré-listes ? Mots-d'elle du modèle c-réaliste... Maux d'amour tué dans l'oeuf...lov'n'unity!

Écrit par : Béatrice roy | 02.09.2010

Chère Béatrice,

Admiration and multiplicity...

Écrit par : LdM | 02.09.2010

Oh ! & Triplewooooohou !

Je ressens comme le soutient de tous l'univers, tous l'omnivers, tous les espaces et tous les temps, dans ces quelques mots, qui laissent raisonner des vies entières, d'une lutte des plus clandestines et ancestrales.

Dans un moment de lâcher, de décoincé de parties d'un corps insoupçonné... Un lâcher de Popette, dans un genre surpoètepoète. Ouais. Ouais, ouais.

Et voilà que je commence à découvrir les Créalistes. Peut être à lundi, en espérant en parler.

Merci. Mille et un !

Écrit par : Popette Jane Balboa | 03.09.2010

Près du poulpe je vis donc je crée ! Mais je crée aussi pour ne pas devenir un nécessiteux de la normalité rassurante. J'aime ceux qui ne craignent pas l'instant, j'aime le Surpoète ...

Écrit par : Arnaud Gainville | 03.09.2010

Hm... I completely misread your term çabotage, I see now that you must be referring to a reign of fraternity-terror when we're kicked back into line by our cellmates.

I must admit I was scanning, and as an exilé with google access, çàbotage felt more like having gained cabotage rights in a foreign land (like our Screenworld that reaches into the Mammoth). My mistake, but I'm not sad to have flubbed my reading :)

Yes, this notion of the Surpoète is indeed a powerful heroin for the wannabe Idiot. (ideological shortcut #1)

And these ship of fools, exiled by packets out of the real and into the C#real? What becomes of them?

Of course, we can (almost) afford to be generous, and try to spread such a virus. But if only those with talent may be able to return from their exile un-vaccinated, what happens to the rest of us clowns?

I suppose it is blissful not to know the destination before heading out :D

Écrit par : sashi | 31.10.2010

çabotage happens when the eager sensuality deviates us without grace (cf. sabotage du ça)

wanabee idiots want to be Lady Gaga, not the Surpoète - however, it takes a lot of courage and self-mastery

we can not be out of the real into the creal, unless (un)we identify completly with this flow of Live, id est before secular birth or after cemetery death - then they become pure jouissance

clowns will be clowns (to be sung on the tune of Queen's friends will be friends)

the bliss is to know out to sail, as pages 56-58 of Liber Crealis explains

love and respect
Creros

Écrit par : Creros | 01.11.2010

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