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30.05.2011

Le mythe du Surpoète (décryptage)

 

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Pour donner à entendre le sens de notre histoire et le rôle de chaque personnage, nous nous appuierons sur le schéma dynamique suivant, qui nous tiendra lieu de matrice initiale. Elle représente la cartographie incarnée de notre histoire à son commencement :

___réalité_____frontière ou créalité_________rêve____

Ophélia… Peter Lovelace……Bardo /enfant)/Filipe….Léa-Maria Spielswehk…… William

 

Avant d’expliquer ce schéma, quelques indications fondamentales.

Cette histoire est un requiem joyeux pour annoncer la fin de la séparation entre réalité et rêve, entre le monde prosaïque et le monde onirique. Cette dichotomie dualiste entre matière et esprit fonde la civilisation funeste d’homo sapiens, qui est en train (depuis la seconde guerre mondiale) d’être dépassée par celle d’homo crealis. Les valeurs d’homo crealis : Poésie, Amour, Courage et « par-dessus tout, l’acte de créer le monde ».

Sur le fond et sur la forme, la narration indique la troisième voie régénératrice : la créalité. Cette histoire est un mythe fondateur, une quête du Graal contemporaine et orphique. Ce Graal, c’est le Créel, l’union vitale sacrée de la matière et de l’esprit. Par une fidélité héroïque au Créel, nous pouvons réenchanter notre quotidien et vaincre le réalisme morbide asservi à la loi du calcul et à celle du pouvoir égocentré.

Les six personnages principaux fonctionnent par paires dialectiques :

Bardo/Filipe, Ophélia/William, Peter Lovelace/Lea-Maria Spielswehk.

Ils se positionnent ainsi, au début de l’histoire :

- Réalité (dans l’ordre croissant vers le trop-plein de réalité) : Bardo, Peter Lovelace, Ophelia.

- Rêve (dans l’ordre croissant vers le trop-plein de rêve) : Filipe, Lea-Maria Spielswehk, William.

Ils symbolisent ceci, au début de l’histoire :

- Réalité : Bardo (l’insatisfaction idéaliste), Peter Lovelace (le Pouvoir tyrannique), Ophélia (la culpabilité).

- Rêve : Filipe (la joie simple et narquoise), Lea-Maria Spielswehk (la sagesse artiste), William (l’innocence).

Reprenons notre matrice initiale, qui ne doit pas être lue comme manichéenne mais tendancielle  (chaque personnage porte en lui du rêve et de la réalité) :

___réalité____frontière ou créalité_____rêve____

Ophélia… Peter Lovelace……Bardo /enfant)/Filipe….Léa-Maria Spielswehk…… William

 

À la frontière de la réalité et du rêve, il y a l’enfant, symbole et pivot du monde unifié que recherche Bardo. L’objectif de Bardo, qui est notre personnage principal, le héros de cet épisode du mythe, est de favoriser l’avènement d’un monde créaliste, c’est-à-dire un monde qui aurait unifié et synthétisé ses tendances contraires : la réalité devient le reflet de notre âme, le rêve devient réel. Nous avons à devenir comme des enfants créateurs, maîtres d’eux-mêmes, soucieux des autres et télépathes.

Si nous reprenons notre référence au mythe d’Orphée, nous dirons que réalité = enfer. C’est à l’extrême du trop-plein de réalité que le héros délivre l’Amour et qu’il trouve le Créel. Le dragon à tuer est incarné par Peter Lovelace.

Bardo au début de l’histoire est du côté de la réalité, mais de manière agonique (conflictuelle) : il se trouve près de la frontière du fait de ses contradictions d’architecte dans un monde voué au profit, qui tend à castrer ses tentatives de créativité et d’originalité (« un monde Bouygues »). Il reste du côté de la réalité du fait de son aspiration à ne pas jamais lâcher le réel, à ne pas l’abandonner aux mains des cons. Il s’est toujours méfié de la posture romantique du refus du monde. Mais il se sent encore lâche, car il sait qu’il aspire à se tenir à la jonction sensible des deux mondes.

Bardo va devoir aller sauver Ophélia qui souffre de trop de réalité, d’une maladie de l’âme liée au poids de l’invasion d’un passé intrusif et tyrannique. Pourquoi la sauver ? Parce qu’il l’aime et la désire, parce qu’il est chevaleresque, mais aussi parce qu’il sent intuitivement que sauver Ophelia, ce sera peut-être résoudre sa quête (qui est aussi un problème de civilisation, un problème collectif). Il sent l’appel de la Vie derrière ce don de soi. Pourtant, toujours d’après la matrice, il peut lui paraître que s’occuper du « cas Ophelia » l’éloigne de son objectif, qui est de rester près du monde du rêve. Il n’ira donc pas sauver Ophelia sans réticences. Il sera prudent dans son héroïsme. Il saura attendre le bon moment.

Les épreuves humaines à traverser par Bardo sont indiqués par le schéma matriciel : l’enfant, Filipe, Peter. Trois étapes à surmonter pour ramener Ophelia de l’enfer.

Or chaque antagoniste va devenir un allié pour l’épreuve suivante.

L’enfant est le premier antagoniste de Bardo : ne pas avoir peur de son apparition sous forme d’enfantôme, qui lui reproche d’avoir abandonné Ophélia, résoudre son énigme, l’accepter alors qu’Ophelia sans doute le préfère (conflit typique du père), l’assumer et finalement prendre le risque de lui passer le flambeau de son idéal en sacrifiant son propre corps. Nous appellerons cette épreuve : la confrontation avec la meilleur part de soi, qui réclame la mue, la mort puis la renaissance (celle-ci étant toujours un pari jamais gagné d’avance). Bardo fera de l’enfant son allié pour vaincre les deux autres antagonistes.

Filipe est le deuxième antagoniste de Bardo, son double tentateur parce que plus épanoui au début de l’histoire : ce jumeau est un joueur, mieux adapté tout en restant du côté de la légèreté et du rêve grâce à sa joie de vivre. Il plaît aux femmes, il se tient près de la frontière vertueuse, ne se compromet pas trop avec le monde (il est traducteur). Il est du côté qui permet de surfer sur les vagues sans trop se polluer. C’est attirant, et Bardo se demande depuis son enfance s’il ne doit pas se comporter comme Filipe. Mais au fond Bardo aspire à un destin plus épique. Sans cesse Filipe moque affectueusement sa grandiloquence. La mort de Bardo va déséquilibrer l’ascendant de Filipe : la vision tragique de Bardo n’était donc pas un leurre. Nous appellerons cette épreuve de Bardo : la confrontation avec la part familière de soi, qui réclame le plaisir et la légèreté. Filipe, de mitigé qu’il est au début, deviendra par la force des choses un allié total de Bardo. Du moins jusqu’au dernier moment de l’histoire…

Peter Lovelace est le troisième antagoniste de Bardo : cet homme tyrannique, grande autorité universitaire, non seulement détient Ophelia sous son influence, mais il affirme aussi détenir la vérité sur la Poésie, à savoir que la muse est une pièce de musée : pour Peter Lovelace, inutile de vouloir installer le règne de la créalité, car il n’y a plus que de la réalité partout. La Poésie est morte et l’amour doit se soumettre au pouvoir. Ce monde contemporain est lui-même mort, asservi au règne du prosaïsme et la poésie ne peut plus s’incarner : autant relire Shakespeare et enseigner les grands auteurs du passé. Cet homme est la virilité patricienne incarnée jusque dans sa perversité, la figure du maître tyran qui fait douter de l’idéal et de l’amour. Il a colonisé le corps d’Ophelia et sa psyché, car ce que vise Peter à la limite est simple : tout l’amour et le pouvoir pour lui, l’esclavage de tous les autres. Il faudra donc l’extirper du corps de l’aimée autant que de soi-même, car pour Bardo, Peter Lovelace représente aussi la tentation du pouvoir du chef de tribu. Cela pourrait être tentant de devenir un maître tyran, mais cela serait s’arrêter en chemin et devenir un Super Homo Sapiens plutôt qu’un Surpoète. En réalité, Peter Lovelace est un esprit totalitaire, qui reste prisonnier de lui-même car il a une vision trop absolue de l’innocence : pour lui, l’innocence, c’est William l’idiot, le fils dont il s’occupe par conséquent comme on cultive un fétiche.

En reprenant le schéma matriciel, on pourra déterminer le parcours de chaque binôme/biface au fil de l’histoire. La tension la plus extrême du mythe est représentée par le couple Ophelia/William, l’innocence et la pureté adamique de l’adolescent faisant écho au trop-plein de culpabilité et de connaissance du mal de la sœur (elle a croqué la pomme). À la fin, il faudra unifier ces deux tendances en ramenant aussi William vers le centre (l’enfant en lequel Bardo s’est réincarné lui apprendra à jouer aux échecs et à se nommer lui-même : « le fou de l’échiquier »).

En restant auprès de Bardo, nous voyons sur le schéma que son plus grand obstacle pour sauver Ophelia est donc la tendance inverse, c’est-à-dire qu’il y a en lui un William, un pur sans conscience, pusillanime et obéissant, un fou de l’échiquier qui voudrait prendre la tangente, un idiot de Dostoïevski, une âme pure qui dit oui à tout (tout est jouissance pour le flux vital) et qui flotte dans une conscience instantanée sans prise apparente sur le réel. Mais William n’est pas si inutile, puisqu’il donne à Bardo l’impulsion finale pour se réincarner. En somme, au sommet de l’héroïsme, on a besoin de raviver l’idiot en soi.

On voit aussi qu’il y a de la Lea-Maria Spielswehk en Peter Lovelace et vice versa. Cela aide notre lecture à complexifier les personnages, à dégager leur double part négative et positive. Nous voyons aussi qu’il y a une tendance (moins forte mais réelle), toujours pour Bardo, à devenir une Spielswehk, c’est-à-dire un artiste reconnu, sage, sensible et épanoui, mais seulement un artiste. Cette tendance à n’être qu’un poète et un sage (plutôt que le chevalier du Créel), pourra un instant détourner  Bardo d’Ophelia et de son objectif.

À la fin du mythe, nous constatons que :

Le binôme Peter Lovelace/Lea-Maria Spielswehk est mort. C’est cohérent : Bardo a surmonté la double tentation du pouvoir tyrannique et du rôle artiste.

Le binôme Bardo/Filipe a fait tout au long de l’histoire une révolution autour du pivot de l’enfant. Filipe est passé du côté du réel. Il a perdu de sa légèreté en perdant son frère et en se confrontant à la tragédie. Il a été ébranlé, et il voudra certainement revenir à sa nature joyeuse et dépasser sa contamination par la réalité, par exemple en aimant Ophelia ou en dépassant le monde onirique de son frère par le développement d’un mythe personnel, puisque au terme du récit il sait que c’est possible.

Le binôme Ophelia/William s’est aussi rapproché du territoire central, auprès de l’enfant créaliste. Ophelia reste du côté du réel car sa culpabilité n’est pas tout à fait guérie mais l’amour et l’héroïsme de Bardo tout de même l’ont sauvée. Elle est heureuse de pouvoir aimer, dans le même corps, celui de l’enfant-Bardo, à la fois son fils et le père de son fils (ce qui est, dira-t-on en souriant, l’objectif secret de nombreuses mères). William reste du côté du rêve, mais il s’apaise et prend davantage conscience des choses, grâce à la complicité de l’enfant.

Bardo a atteint son objectif : il a trouvé son Graal, le secret du Créel, la clé de la renaissance et de l’union du rêve et de la réalité. Il a enfanté le Surpoète en réincarnant en son corps d’enfant l’essentiel de son âme. L’enfant-Bardo, dieu vivant, parviendra-t-il à faire advenir une nouvelle humanité ou est-il complètement fou comme tous les personnages de cette histoire, si l’on adopte une lecture réaliste ?

Il reste que le mythe n’aura une fin entièrement heureuse que si Filipe retrouve pleinement sa joie de vivre. Le frère survivant découvrira-t-il en lui un secret et un rêve aussi fou que celui de Bardo : devenir, comme l’enfant, un dieu ? Mais c’est une autre histoire…

 

 

 

10:48 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

20.05.2011

Exilophone



podcast

une chanson écrite, composée, jouée et chantée par Luis de Miranda

 ___________

 J'ai mon corps allumé, ma tâche lancée, haut confiteor

Pour conquérir la lune plutôt deux fois qu'une, je ne suis jamais mort

J'ai marché sur les corps pour réveiller les torts et les idéaux

Aucun détail immense de ma surveillance n'existe en vidéo

 

J'écris des rapports

Où je démontre le tort

Des spectres agonisants

Je reste à ma place

Derrière la glace

Pour arrêter le temps

 

J'ai trouvé refuge

Dans mon coeur centrifuge

L'Ailleurs en moi résonne

Comme un exilophone

 

J'ai trouvé remède

Entre tes intermèdes

Apatride, un peu Rom

Comme un exilophone

 

J'ai foi en ton silence, je rythme ta cadence entre chaque sourire

Tu es tantôt sidérale, parfois je fais le mâle avec notre avenir

Les araignées surgissent, requiem des supplices, une étoile au plafond

Marque ton territoire – dis que tu en as marre de la forme et du fond !

 

Je suis en partance

Pour l'éternelle enfance

Des magiciens du temps

Je prends des leçons

En écoutant les sons

Les pulsations du sang

 

 

___

 

 

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12.05.2011

Nous sommes les vivants

 

podcast
Une chanson écrite, composée, jouée au piano et chantée par Luis de Miranda

 _______

Nous sommes les vivants

 

J'accuse à tort le ministère des idées perplexes

Je sais que ta mauvaise foi est un bien complexe

Tous deux formons ce qu'on appelle un oxymoron

Nous avons inventé le carré qui tourne rond

 

Je vis du peu qu'il reste à mes tergiversations

Mes frères humains me nourrissent bien en consternations

Je bois tes mots, digère tes jambes, me soigne de feu

Nous ne sommes pas de ceux qui se contentent de peu

 

Alors que vienne l'épreuve qui départagera

Les lâches de ceux qui donnent sans jamais être las

La connerie n'a pas accès à notre absolu

Les monstres font le mal en l'ayant toujours voulu

 

Nous sommes les vivants

Aspirés par le temps

Nous prenons les devants

Cultivons nos penchants

 

Nous dansons immobiles

Courageux et fragiles

Nos faims sont indociles

Nous mettons dans le mille

 

Je vais pouvoir t'écrire des mots jusqu'à l'infini

On m'a mis en prison pour raison indéfinie

Tu m'apporteras des orages et des provisions

Des confettis d'amour qui troubleront ma vision

 

Au fil du temps le ministère des idées perplexes

Coiffera mon cerveau d'un bel accent circonflexe

Je trouverai ma liberté sous trois conditions

Dormir debout, être un peu fou, chanter ma passion

 

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