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16.07.2011

Créel

 

 
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Nous ouvrons les yeux, et contours, volumes, couleurs emplissent le puits de notre vision. Nous fermons les yeux, et les sonorités traversent un halo de nuages – nous entendons notre respiration. Notre sommeil se distingue de la veille à la qualité et diversité des détails qui semblent se donner, de l’extérieur, à notre perception. L’ouverture froide, le rien à l’horizon, la transpercée des parfums, les sons étrangers à la narration, plus réels que le réel, signalent a priori que l’environnement n’est pas onirique, où qu’il l’est sur un mode multi-joueurs. Le rêve est reçu comme métamorphique, attendu comme transformation des visions, hallucination en marche : en cela ce qui s’y manifeste n’est jamais qu’une impression menée à son plus ou moins grand pouvoir de conviction. La réalité, elle, est nominale : les étiquettes, les signifiants, le langage sans cesse figent les variations, immobilisent les sensations en nous répétant : « Ceci n’est pas toi ».

Je fais le pari que si la vérité du Créel se donne, ce ne peut être, pour l’essentiel, que par fulgurances soniques, impressions fugaces, instants d’évidence ou de réminiscence, fruits de l'ouïr plutôt que du regard. J’appelle ces instants vibrants des crealia, dans la mesure où notre perception, au contact de l’absolu, devient en partie de même nature que cet absolu. Le Créel étant pur flux créatif immanent, ses épiphanies humaines seront mi-perceptives, mi-créatives : données à la conscience et produites par elle, en ce que la conscience n’est pas, a priori, séparée du Créel, dans une position de radicale extériorité. Pour Bergson, ainsi qu’il l’écrit dans L’évolution créatrice, c’est un rétrécissement, une contraction qui au sein de la durée créatrice manifeste l’esprit. Comme un pincement de corde sur un instrument de musique.

Le créalisme est la tentative de trouer les protocoles en y ouvrant les vannes panphoniques de la vie. Le Créel n’est pas un absolu inatteignable, une transcendance : il est l’immanence totale, un spatium métamorphique et sensible, une onde multiple dont nous n’actualisons qu’une partie. Le Créel est chair autant qu’idée. Il est, pour reprendre une expression deleuzienne, profondeur « enchantée miraculante ». Quand au réel, c'est un spectrogramme à plusieurs dimensions. 

 

18:03 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

1 - Il me semble que nous vivons tous dans la nostalgie d'une cosmologie qui réunissait les êtres et les choses. Cette cassure a marqué l’avènement de 2 réalités pour le moment inconciliables : la réalité physique et la réalité humaine.
2 - La réalité, qu'elle quelle soit, dépend des instruments d'analyse utilisés pour l'appréhender.
3 - Les instruments d'analyse (exemple le langage) ne peuvent former que des représentations de la réalité.
4 - La validité des modes de représentations ne dépende que de leur mode opératoire sur le réel (possibilités d'agir sur celui-ci)

Écrit par : jac-zap | 31.12.2011

@jac-zap : le monde que vous décrivez évoque un laboratoire chirurgical, id est un rapport manipulatoire à un monde d'objects prédéterminés. Bref le monde réaliste.

Écrit par : LdM | 31.12.2011

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