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01.03.2005

Sermon de Midi

Aujourd'hui, dit Arsenal du Midi à quelques touristes échoués par hasard devant sa grotte, dont j'étais, nous allons faire un petit stage post-humain. L'enjeu est de vous désencrasser, et Dieu sait que vous en avez besoin (pardon ? Oui, bien entendu, Dieu est mort, c'était une figure de style vaguement ironique, mais je vous félicite d'être attentifs).

Bien. Il y a du pain sur la planche, ajouta Arsenal en regardant le groupe inquiet amassé à ses pieds, et en s'arrêtant un instant sur ma pauvre personne. Par exemple, vous êtes venus avec votre corps éponge, vos sentiments circulaires, votre méchanceté frustrée et envieuse. Laissez tout cela au vestiaire, voulez-vous ? Le vestiaire coûte 2 euros : c'est à peu près ce que valent ces sentiments.

Vous êtes venus avec votre admirable don d'imitation. C'est fou ce que vous imitez bien, dit Arsenal. Mais vous ne savez pas tout imiter. Il semblerait que les mimiques grasses vous soient plus aisées que les esquisses aériennes (oui, vous pouvez poser vos gigantesques sacs à dos). Les expressions idiotes, vous en raffolez. Quoique le terme de "raffoler" ne soit pas adéquat, car de la folie vous êtes aussi éloignés que l'éléphant du papillon (parlons-en de votre mémoire hypertrophiée et craintive).

Vous êtes aussi gracieux que des blocs de granit. Vous êtes aussi généreux et créatifs (et oui, c'est presque la même chose, tandis que vous persistez à croire que le créateur est égoïste) que des parois en béton. La preuve, c'est que dans votre groupe de vingt vous n'êtes à présent plus que trois à m'écouter.

Attention, précisa Arsenal en me regardant, je ne vous insulte pas. Je suis très gentil, au contraire. Seulement, vous avez perdu la grandeur d'encaisser avec joie la saine dureté, la grâce virile de chorégraphier la lutte joueuse vers un ailleurs plus grand, plus sec et frais, où l'on respire plus profondément. Ne grognez pas : vous n'aviez qu'à rester dans le circuit réglementaire, plutôt que de faire un détour par ma grotte.

Décidément, cet Arsenal qui se prenait pour Zarathoustra m'importunait...

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26.02.2005

Quand lire tue

Lire tue, me déclara hier mon ami Anatole, enfiévré. Non seulement lire tue, ajouta-t-il, mais lire assassine, élimine, occis, bousille, bute, liquide, étrangle, lynche, décime. Lire ruine, éreinte, neutralise. Lire n’est pas bon pour la santé – le problème, c’est que j’ai mis vingt-huit ans à m’en apercevoir.

J’aurais dû écouter ma grand-mère, dit Anatole : je n’avais pas dix ans qu’elle me disait déjà de ne pas tant lire, que j’allais m’abîmer les yeux. Aujourd’hui, à trente-trois ans, je ne porte toujours pas de lunettes, mais je me suis définitivement abîmé le cerveau ; lire m’a rendu fou, dégénéré. Lire a fait de moi un homme fini, inapte à toute vie sociale ou sexuelle épanouie. Lire m’a rendu hautain, désespéré, désaxé, décalé, morose, maniaco-dépressif, solitaire. Très solitaire : la personne à qui je parle le plus est mon chat Aristote.

Le pire, poursuivit Anatole, c’est que lorsque je vais travailler, je ne cesse pas de lire : je suis éditeur. De toute façon, lire est devenu pour moi comme une drogue. Je lis partout. À tout moment il peut m’arriver de saisir un livre pour vérifier quelque chose ou – plus fréquemment – parce que je ne supporte pas les temps morts : je lis au petit-déjeuner, dans le métro, dans l’ascenseur, au cinéma (au dernier rang, avec une lampe de poche), dans les toilettes des boîtes de nuit.

Les temps morts me sont insupportables, me confia Anatole. J’ai de l’ennui une peur métaphysique, et quand je lis, ça me calme. Reste que la lecture, si elle me sauve de l’angoisse, est en train de détruire ma vie. Tant de livres auraient pu pourtant me rendre sage – c’est tout le contraire qui est arrivé. Car à force de lire on ne devient pas plus intelligent, mais au contraire moins sûr de soi et rempli de doutes. On devient velléitaire, lâche, flou, vague, faible, veule, couard, incapable d’avoir une opinion personnelle – personnel ? Ce mot ne veut plus rien dire pour moi. J’ai désormais mille identités, les jours où je crois aux identités, et les autres jours je suis un chaos de pensées contradictoires reposant toutes sur un principe philosophique valable, sur les lignes d’un auteur respecté ou maudit. Malraux disait que le siècle qui vient de commencer serait spirituel ou ne serait pas. Pour moi, dit Anatole, il ne sera pas.

Avant, lire était une joie – les premières années, lorsque je croyais encore que la sagesse était dans les livres. Aujourd’hui, tout ce que je sais, c’est que si je ne possède pas sur moi, constamment, quelque chose à lire (fût-ce le dos d’un bulletin de loto), je suis pris de vertiges et je manque m’évanouir.

Tout cela, chuchota Anatole, aurait pu vraiment mal tourner, si je n’avais découvert depuis quelques jours, par hasard, qu’une autre activité pouvait calmer mon angoisse : l’assassinat de lecteur.

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25.02.2005

Le sage et l'idiot

Selon un proverbe chinois, "lorsque le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt". Nous nous demandons si ce proverbe est authentique, ou parodique. En effet, quel intérêt y aurait-il à montrer la lune à un idiot ?

Le sage n'avait-il pas autre chose à faire ? D'où la pertinence de l'idiot, qui se dit : "Il ne se peut que cet homme, qui est sage, me montre la lune, que n'importe quel idiot a déjà vu mille fois. Donc en réalité, c'est un piège." D'où l'intérêt pour le doigt, qui reflète un réel souci du détail, une curiosité de bon aloi.

Mais ne sous-estimons pas nos collègues d'Orient. Il n'est pas impossible que le proverbe contienne déjà les réserves qui précèdent. Peut-être dit-il la difficulté de regarder simplement la lune quand on vous montre la lune, avec un esprit détaché de jugement et de curiosité mal placée. Dès lors, la sagesse, ici, ne doit pas être entendue comme un savoir exceptionnel, le monopole d'une vérité cachée sur la lune, mais au contraire, la simple capacité à s'étonner encore des phénomènes les plus éculés.

Certes le sage néglige les bonnes manières, car on ne montre pas du doigt, fût-ce la lune. Mais là encore, il serait idiot de s'en offusquer. Observons le geste du sage avec naturel. Posons qu'il n'est pas sage a priori, mais sage parce qu'il montre la lune. Qu'elle sagesse peut-il y avoir à montrer la lune du doigt ? L'impulsion de nous rappeler de ne pas oublier la lune ? De ne pas penser qu'à la terre ? D'oublier un temps l'humain ? Mettons que ce soit l'un des sens possibles de ce proverbe : un rappel que l'homme n'est pas la mesure de toutes choses...

Qui a dit que la lune était un symbole de féminité ?

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19.01.2005

DÉSIR

Arsenal du Midi, par le passé, avait vécu quelques temps avec une jeune et belle disciple, Kamlia.

Ce qui distingue les hommes, dit un matin Kamlia, c’est leur allure, dépressive, enjouée, ou mitigée ; la plupart marche d’un pas mitigé, croyant en Dieu le lundi, à la jouissance le mardi, oubliant tout le reste du temps.

À quelques mois d’avoir vingt-trois ans, la vie m’apparaît comme une joyeuse décomposition, insista Kamlia en souriant. Joyeuse décomposition, car la mort nous désire, c’est notre plus ardente amante, poursuivit-elle, enflammée. Elle nous désire si fort qu’elle nous aura, même si nous la trouvons laide et, comme cela arrive souvent, n’aimerions pour rien au monde partager son lit.

Arsenal jeta un coup d’oeil au lit qu'il partageait parfois avec Kamlia.

Rejeter la mort est une inélégance, continua Kamlia. Et même une absurdité logique, lança-t-elle fièrement en fouettant l’air avec sa fine main droite. Car aimer la vie, c’est aimer le désir. Or, puisque la mort est la plus grande force de désir au monde, capable d’obtenir tout ce qu’elle veut, aimer la vie ce doit être respecter par-dessus tout la mort. Si on reconnaît un être vivant à sa capacité de désirer et de satisfaire ses désirs, il n’y a rien de plus vivant que la mort, répéta Kamlia. Quant aux hommes, leur plus grand bonheur est d’être désirés, et ils ne le seront jamais autant que par la mort, qui ne se fatigue jamais de ses conquêtes, depuis l’aube des temps.

Kamlia resta silencieuse, attendant l'approbation d'Arsenal, qui la regardait en se retenant de sourire.

La mort, ajouta Kamlia d’un air triomphant, a un désir si puissant qu’elle a probablement créé la vie (et qu’elle la recrée sans cesse), afin de pouvoir exercer son désir. C’est pourquoi le désir fait si peur à tant de personnes : instinctivement, ils ont compris que le désir est l’affaire de la mort, non de la vie.

La seule façon de réfuter tout ce qui précède, conclut Kamlia en minaudant, est de poser que l’essence de la vie n’est pas le désir, ce qui serait une absurdité.

Arsenal, pour toute réponse, s'approcha de Kamlia, la dénuda, puis la caressa. 

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07.01.2005

L'excès et l'incès

Puisque la vie d’un individu était jusqu’à nouvel ordre délimitée entre une naissance et une mort, la richesse ne devait pas se trouver dans un excès toujours reconduit mais plutôt dans ce qu’on aurait pu appeler, expliqua la jeune femme à Arsenal du Midi, "l’incès" : une hypertrophie de l’attention aux variations des phénomènes. L’analyse soutenue des nuances du bonjour de la boulangère de la rue du Télégraphe lui paraissait être un bon exemple de démesure - elle tenait de la résection chirurgicale. La jeune femme sentait pourtant qu’elle ne se résoudrait pas à un tel exercice ; c’était plus risqué, socialement, qu’un excès momentanné de drogues, tout simplement parce que cela supposait une perte de temps anormale.

Elle se sentait coupable de ne pas savoir raconter sa journée à l'homme avec qui il vivait, qui le lui reprochait (comme il lui reprochait sans jamais le formuler clairement de ne pas s’abandonner de manière absolue au sacre du couple, à la dissolution de l’un dans le deux-en-un qui à ses yeux était le désir secret et cannibale de la plupart des humains) : il n’était pas impossible que ce fût-là une preuve de cécité de la part de la jeune femme d'en face, celle de ne pas savoir déchiffrer les microvariations de l'intime puis de les exprimer de manière anodine.

Elle navigait plus volontiers sur le lac des abstractions qu’en mer des détails, ce réseau microcosmique qui pourtant était peut-être le terrain de la seule aventure encore possible dans un univers quadrillé. Elle se sentait relativement aveugle à la chair du vivant.

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Où commence l'hygiénisme ?

Elle s’arrêta à la bibliothèque municipale du quartier, raconta Arsenal du Midi. Dans les toilettes, une pancarte pourtant commune l’arrêta, nouvel output de fiction sociale : “Merci de laisser cet endroit aussi propre que vous souhaiteriez le trouver en entrant.” Cette formule lui parut faire écho à des pensées vagues sur l’helvétisation de l’Europe. Tel que la jeune femme le trouva, ce lieu d’aisance n’était pas irréprochablement propre, des taches d’urine dessinant au sol de coupables ovales. Admettons que la jeune femme eût souhaité trouver l’endroit à l’état virginal, avec une odeur de lavande ; devait-elle demander une éponge et du produit nettoyant à une bibliothécaire fragilisée ?

Elle estimait que son passé de femme ayant atteint par des chemins détournés la moitié de son existence n’était pas aseptisé comme celui de ces grands enfants que leur éducation maintenait à l’écart des limites, faisant d’eux des douaniers plutôt que des contrebandiers de la vie. Elle n’avait pas reçu la vérité en héritage, avait dû la découvrir au détour des mauvaises expériences, tombant et se relevant comme les saisons, avait dû tutoyer le chaos pour avoir une idée de ce qu’était l’ordre. Mais les technocrates et leurs bons élèves auront beau purifier les rues à la manières des toilettes d’un hôtel de luxe, ils ne feront jamais que l’existence elle-même fût immaculée, vidée de ses agonies quotidiennes et de ses ombres en points d’interrogation. Tout au plus la démocratie finirait-elle par s’aveugler sur la réalité des choses, glissant sur les apparences de l’hygiène sociale en variant périodiquement de ligne de soin.

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05.01.2005

La lenteur de l'absence d'obstacles

Le sujet fuit-il le monde du calcul, ce réel difficile à supporter, comme semble-t-il le considérait Lacan, ou bien est-il secrètement amoureux des mathématiques, et qui dit amoureux, dit jaloux ?, se demande Arsenal du Midi.

Musil décelait l’avènement de l’homme moyen dans la propagation des statistiques sociologiques ; tant que nous sommes normaux, nous ne sommes qu’un chiffre interchangeable, perdu au milieu d’une courbe de Gauss. Le sujet libre, le sujet intense, n’existerait qu’aux extrémités de cette cloche. Serait davantage libre celui qui n’est pas « cloche »…

Mais nous remarquerons dans un premier temps, dit Arsenal, que c’est précisément parce qu’il n’a pas un comportement logique, rationnel, que le sujet est mathématisable. À agir impulsivement, on tombe facilement dans le mimétisme.

Prenons l’exemple du périphérique intérieur parisien, par rapport au périphérique extérieur. Trois voies sans feux rouges sont supposées être plus rapides que deux voies parsemées de signalisations. Cette remarque n’est pourtant pas une remarque de logique, mais plutôt une observation phénoménologique, un jugement de bon sens a priori. Ce qui mène la plupart des voitures vers le périphérique censé être le plus rapide, c’est le désir, le désir que le réel soit sans obstacles, et l’idée que l’obstacle ralentit l’épanouissement du sujet. Un véritable raisonnement logique, psychologique si l’on veut, doit au contraire intégrer le fait que l’homme est sans cesse à la recherche d’un réel sans obstacles. En conséquence, ce que l’observation confirme, le périphérique à trois voies sans feu est plus lent que les Grands Boulevards, et en toute logique, il ne convient jamais de le prendre pendant la journée.

Bref, ajoute Arsenal, ce serait parce que le sujet n’a pas un comportement dicté par un raisonnement mathématique, ou logique, que son comportement est mathématisable. On pourra pourtant faire ici une objection. Admettons que tous les conducteurs fassent le raisonnement plus haut cité et observent qu’il vaut mieux ne pas prendre le large périphérique. Puisque cette hypothèse suppose un sujet unanimement rationnel (en acte, et pas seulement en puissance), il faut aller jusqu’au bout de cette prémisse et admettre que le conducteur déduira que sa conclusion devrait être partagée par tous : dès lors il prendra tout de même le périphérique à trois voies sans feu, espérant y être plus seul, en vain. C’est là un autre exemple du dilemme du prisonnier. Par conséquent, que l’homme pense ou non, il y aurait toujours des bouchons au même endroit…

On peut déduire de ce qui précède, dit Arsenal, qu’il est probable que cela roule presque toujours mieux, statistiquement, et en milieu urbain, lorsqu’il y a des feux, hypothèse à vérifier auprès des urbanistes. Dit autrement, on aboutirait à cet apparent paradoxe : les flux circuleraient mieux lorsqu’ils rencontrent des obstacles. Éthiquement, stratégiquement, il serait donc préférable pour un sujet de ne pas éviter les obstacles, mais au contraire de les chérir…

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03.01.2005

L'effort et la gaieté

Les jours passent. Depuis six mois, Arsenal du Midi vit seul avec un chat abyssin au caractère aussi agréable qu’invariant. Il comprend que Descartes ait pu parler de machines à propos des animaux — mais qui passe assez de temps avec l’un d’eux les comparerait plutôt à des enfants. L’indépendance élégante et l’absence de méchanceté de son chat, comparées à la frustration, à la névrose, à la constante demande d’affection, à l’inconstance de la plupart des humains qui l’entourent lui est une source de joie. Reste, se dit-il, un point commun entre les humains et l’animal : la crainte. Et cette fois-ci, à observer la récurrence épisodique de mouvements de peur chez un chat pourtant entouré d’amour et de sécurité, on peut en effet être pessimiste sur l’évolution de l’espèce humaine, qui a tant à faire avec la haine et l’imprévisible. Chez la plupart des êtres, la peur est si instinctive qu’ils ne quittent pas les rails d’un comportement prudent, timide, discret. Ennuyeux, en somme.

Aristote recommandait la prudence (on sait ce que son élève Alexandre a fait de ce conseil…). Cette vertu, si elle en est une, n’est pas systématique dans le comportement d’Arsenal, ce qui lui vaut parfois de se cogner le nez contre quelques portes, de subir quelques déconvenues, déceptions. Mais aussi qui le délivre de l’ennui et lui apporte de bonnes surprises, lui donnant à vivre des expériences singulières dont la douce, l’enivrante saveur l’élève de quelques centimètres au-dessus de la terre. Malgré quelques passages à deux doigts de la mort, Arsenal du Midi ne troquerait pas la turbulence de ses trois premières décennies contre une existence plus métronomique. Il admire certains êtres disciplinés, à condition qu’ils soient eux-mêmes à l’origine de l’essentiel de leur maîtrise de soi, plutôt que dressés par un environnement policé.

Arsenal n’est jamais totalement inconscient au point de se perdre, jamais assez méticuleux pour devenir une machine à survivre. Disons qu’il est un fruit à maturation lente. Il n’a jamais été précoce que dans le chaos, ce qui est assez naturel. Il a compris au fil des ans que jouissance et discipline forment une dialectique périlleuse, sorte de chemin ivre entre deux ravins où le corps peut finir démembré. Une fois sur ce chemin, on n’a d’autre solution qu’avancer, sans certitude, et surtout pas celle qu’on pourra arriver au sommet avant la fin du temps qui nous est imparti.

L’un des plus grands mystères humains est le divorce entre la gaieté et l’effort. Adam et Eve chassés du paradis. À cause peut-être de la paresse d’Eve, qui n’a pas eu le courage et la patience d’accéder à la connaissance par la lente expérience, et du fait de l’ambiguïté d’Adam, qui devait tellement s’ennuyer là-haut qu’il n’a pas cherché à décourager Eve d’aller voir du côté du serpent. Si le couple édénique avait été réellement joyeux, se dit Arsenal, aurait-il dérivé du côté de la connaissance ?

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