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29.10.2006

Goutte-à-goutte

 




Observer sans jugement des gouttes de rosée qui tombent, une à une, à un rythme inégal, d’une feuille d’arbuste, au cœur de la forêt : cet acte peut devenir une contemplation plus ou moins intense. Les mêmes gouttes, coulant du robinet pourtant fermé de la salle de bains, peuvent devenir une source d’irritation. Ce phénomène en apparence infime du goutte-à-goutte nous rappelle notre condition de vie : aventure dans la forêt, tuyauterie dans la ville, magie ou technologie, indépendance et dépendance.

Réparer le robinet : jusqu’à quel point l’entretien quotidien, élément actif du processus de quotidianisation, entre chaos naturel et ordre humain, modèle-t-il le monde ? C’est cette tension qu’a tenté de saisir le 'Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes', de Robert M. Pirsig, récit d’une épopée à moto à travers les Etats-Unis. Dans l’extrait suivant, scène critique de la vie domestique, le narrateur décrit un couple d’amis nostalgiques de la Nature que rebute toute forme d’entretien des objets, tout rapport autre que d’utilisateur désinvolte à la technique :

"Un matin, alors que [j’attendais John et Sylvia] dans leur cuisine, je remarque que le robinet de l’évier fuyait goutte-à-goutte. Il fuyait déjà lors de ma précédente visite. […] Je me suis demandé si ça ne leur tapait pas sur les nerfs d’entendre, sans arrêt, semaine après semaine, année après année, l’insupportable petit bruit de ces gouttes d’eau tombant l’une après l’autre dans l’évier. […]
Un jour [que Sylvia] avait longuement parlé, de sa voix douce, en s’efforçant de couvrir ce bruit d’eau, les enfants firent irruption dans la cuisine et elle s’emporta contre eux. Il m’apparut que sa colère eût été bien moins violente si le robinet n’avait pas fui, pendant tout le temps où elle parlait. C’est la conjonction des gouttes d’eau et des cris qui l’avait fait exploser. […]"

Ces gouttes d’eau tombant d’un robinet qu’on ne répare pas murmurent toute l’ambiguïté première de notre rapport au quotidien, qui se tisse d’une lutte en général imperceptible entre deux sentiments contraires : la crainte que la nature reprenne ses droits et le désir secret qu’elle y parvienne. L’explosion de Sylvia est suscitée par le rejet de la mauvaise foi due au choc simultané de ces deux tonalités contraires : les gouttes du robinet, dont le débordement est pourtant naturel, sont perçues comme une menace, un ennui. Les cris des enfants, débordement naturel lui aussi, sont un subit déferlement de vie, une joie.

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10.10.2006

Clochard céleste

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Aujourd'hui. Vers 19 h 45. Je lis dans le métro les premières pages des 'Naufragés', enquête sur les clochards de Paris (de Patrick Declerck), quand j'entends crier dans la rame un clochard ivre. Il régurgite, avec une voix très théâtrale, des phrases incohérentes mais littéraires, comme issues d'un théâtre expérimental des années 1970 – peut-être a-t-il été comédien à l'époque. L'homme, ou plutôt ce qu'il en reste, s'approche de moi. Il pue, c'est une épave de bave rocailleuse.

Toujours en débitant ses répliques à des êtres imaginaires situés de l'autre côté de la vitre ("Toi l'enfant, je t'ai vu mort !"), il agite un doigt menaçant, doigt qui vient frapper comme par hasard les pages ouvertes du livre que je tiens à la main...

Après quoi le clochard descend à la station suivante, me laissant là, lecteur du réel, inactif face à cette déchéance locale, intéressé par son décryptage...

Et voici le passage que le clochard a touché du doigt. Page 15 :

"... Au soleil noir de la mort, la science objectivante apparaît comme une chose bien petite et quelque peu dérisoire. 'Un divertissement', disait Pascal. Dans ce cas-là, une façon surtout de se pencher, myope, au pied des arbres pour ne pas percevoir la menace qui sourd de la forêt profonde. La rumeur des forces obscures et des monstres de la nuit..."

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08.10.2006

Propagation des ondes

 


Arsenal du Midi n’avait pas parlé depuis longtemps. Ce matin-là, pourtant, il prononça ces mots à mi-voix, comme s’il ne désirait pas être entendu, comme s’il évaluait seulement la résonance dans l’air de ses paroles, à la manière d’un jongleur qui n’a pas sorti ses balles pendant un temps significatif :

Il dit :

« L’éthique personnelle s’édifie et se détruit chaque jour, dans une dialectique entre le sujet et la société. Ils se disputent le Temps, balle qui finalement leur tombera des mains à terre. »

Il dit :

« La vérité est peut-être impossible, car elle a supposé trop de sacrifices et de bavardages à justifier pour ne pas sombrer dans le ridicule. Mais l'élégance d'un peut-être nous maintient en marche, en marge des affirmateurs. »

Il dit :

« Ce qui peut se produire, et c’est là un événement, c’est la libération d’un point de vue, l’émergence d’une vision du monde qui disjoncte la vision de l’époque et en dissout la totalité. Ce basculement d'axe du monde, toujours fragile, peut-être provisoire, ne s'incarne pas dans un sujet unique nominal, Maximilien, Friedrich, Marie, mais dans un groupe qui s'allie amoureusement au-delà des générations. »

Il dit :

« La philosophie est antifigurative : elle s’avance, avec prudence, dans le terrain de ce que l’image refuse avec un enthousiasme forcé. »

Il dit :

« L’individu est, à vide (c’est-à-dire lorsque qu’il ne pense pas la Pensée), un vecteur de l’Image. Mais l’Image elle-même possède son maître : la réaction sensitive, qui cache peut-être toujours un désir d’éternelle régression. »

Après ces mots, l'un de ses disciples, qui souhaitait repartir avec une formule simple, demanda à Arsenal s'il fallait retenir par-dessus tout une idée dans ce qu'il venait d'énoncer.

Arsenal le regarda et répondit :

« Peut-être. »

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02.10.2006

scanner la disharmonie

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L’idée de l’hémisphère droit du cerveau en compétition avec l’hémisphère gauche est le climax du film 'A Scanner Darkly', tiré de l’œuvre de K. Dick. Cela finit par produire un individu hébété, qui affirme mollement, en humant l’air de la campagne : « J’aime l’air… » Bien entendu, cet homme hagard victime de la « Substance D. » (D comme Death, la Mort), c’est le Dernier Homme (après avoir joué Néo, Keanu Reeves joue Archéo), qui après des milliers d’années d’Histoire, de compétition entre les deux hémisphères de tout, passe encore une grande partie de ses journées à dire, avec candeur : « Il fait beau aujourd’hui » et « J’aime le soleil ».

À partir de l’instant où les deux experts, dont on apprend finalement qu’ils sont eux-mêmes complices des fabricants de la drogue D., lui apprennent qu’il est en compétition avec lui-même, le héros s’effondre. Là encore, l’idée est très lisible. Sans cesse le système capitalistique nous montre des images de compétition interne à l’espèce humaine (les ectoplasmes téléguidés de la pornographie, du sport ou de la guerre), et en même temps des images d’individus hébétés, censés représenter le risque de la compétition contre soi-même : « Soyez en compétition avec les autres, c’est plus sûr. »

L’horreur quotidienne tient à ça : à l’abandon au verdict des experts-producteurs qui nous disent : la compétition est inexorable, elle a lieu à l’intérieur de ton cerveau ou dehors. Soumets-toi à la compétition externe et deviens un corps vendu, et tu jouiras un peu au passage, une jouissance d'esclave. Sinon, tu seras une loque progressive, un lutteur contre soi et tu finiras seul et sans l’aumône du petit orgasme rémunéré.

Pendant ce temps, les objets nous regardent, et nous les manipulons tous de même. En apparence nous appartenons à une même espèce ; en réalité nous sommes de plus en plus séparés par les effets de la compétition, rendus étrangers et monstrueux les uns aux autres par notre plus ou moins grande résistance à l'Argent.

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06.09.2006

La découverte du quotidien

Tandis que mon roman en cours a atteint les 100 pages et surtout le point de sa résolution (à déployer), je lis le bon livre de Bruce Bégout, 'La découverte du quotidien'. Enfin un ouvrage philosophique qui tente d'explorer ce que j'essaie de résoudre dans mes écrits (après d'autres), synthétiser pensée et fiction dans une observation des liens entre l'extraordinaire et l'infraordinaire.

"... Le quotidien n'est pas tant sauvage et préconceptuel que conceptuellement sauvage ; c'est-à-dire qu'il ne se soustrait pas entièrement au logos, mais uniquement à ce logos théorique du discours philosophique et scientifique qui tente de lui procurer une rationalité logico-formelle qu'il ne possède pas sous cette forme pure."

Et :

"Dans la mesure où la production du quotidien s'efface comme par magie dans son oeuvre, on peut la qualifier de virtuose."

Face au quotidien, en sous-titres, nous invoquons les grands modèles du passé, comme au siècle passé encore certains préparaient une soupe en se soumettant à l'Imitation de Jésus. Le seul problème des grands modèles, c'est qu'ils appartiennent précisément au passé, tandis que le quotidien appelle sans cesse son contraire apparemment impossible : le radicalement nouveau.

Une fois de plus, il s'agit de persévérer dans un rythme vital. L'improvisation, dans le Jazz, maintient une constante du thème : le rythme et les harmonies...

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21.08.2006

Le mythe du photomaton

Avant tout, comme d'aucuns l'auront noté, le blog d'Arsenal reprend. La pause des derniers huit mois fut mise à profit, puisque j'ai écrit la première partie (24 mille mots, 70 pages) d'un roman dont l'écriture avance désormais à un rythme régulier. C'est un récit très onirique, avec de multiples personnages, situé dans un Paris futur. Le thème ? La création du Réel par le langage et l'inconscient...


Aujourd'hui, je vous livre l'une des premières nouvelles que j'aie écrites, peut-être vers l'âge de 18 ans, retrouvée un peu par hasard et jadis parue dans une revue qui s'appelait le Jardin d'Essais. Il s'agit plutôt d'un conte, une version légère du Mythe de la Caverne...



LE MYTHE DU PHOTOMATON

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– Quatre !, cria Sylvestre. Hé, Hugo ! En voilà encore quatre ! Regarde !

À bout de bras, il brandissait le bocal à cornichons dans lequel il avait religieusement enfermé les petits clichés brillants. Hugo se retourna brusquement, les yeux grand ouverts. D’un geste, il précipita son ami à l’intérieur de l’appareil.

– Quand est-ce que tu comprendras, bon sang ? Tu vas te faire lyncher à force d’exhiber tes trombines comme un demeuré !

Dépité, Sylvestre s’assura que le couvercle du bocal était bien vissé, puis il le mit dans la poche déjà déformée de sa veste. Il leva finalement la tête et regarda son ami. Ses yeux papillotaient derrière des lunettes aux reflets graisseux.

– Qu’est-ce qu’on va faire, alors ?

Hugo lui fit signe de se taire. Il écarta légèrement le rideau du photomaton. Dehors, tout semblait tranquille. Quelle ironie, pensa-t-il ; dire qu’il y a deux semaines encore, il grignotait encore du pop corn avec sa copine Barbara devant son poste de télévision. Rien, alors, ne laissait présager la catastrophe inimaginable qui s’était abattue sur l’ensemble du globe.

On a trop usé de l’image, avaient alors analysé les commentateurs à la radio, on s’est trop moqué d’elle, on l’a trop distordue dans tous les sens, violée. Peut-être... Mais qu’elle puisse disparaître comme ça, totalement, personne ne l’aurait prévu. Pour la centième fois, Hugo se remémora ce samedi 12 octobre ; les foules ne s’étaient pas pressées pour assister à l’éclipse du soleil par la lune. Une brève éclipse partielle, avaient-on annoncé.

Mon œil ! Plus aucune image, d’un coup ! Le black-out total ! Tous les postes de télévision, tous les objectifs de photographie, toutes les affiches plongées dans l’obscurité en un instant. Tous les albums de famille sinistrés ! Plus rien que du noir partout où il y avait une image !

Et voilà deux semaines que ça durait, que les autorités tergiversaient, que les chercheurs cherchaient, que le reste du monde était comme paralysé. La terre continuait de tourner, mais les affaires étaient au plus mal. Une crise sans précédent, qui transformait les chocs pétroliers en anecdotes de salles de marché. Des faillites et des suicides par milliers, et les Eglises qui criaient à l’apocalypse…

– Qu’est-ce qu’on fait, répéta Sylvestre ?

Oui, que faire ? Depuis qu’ils avaient découvert le photomaton de la Porte d’Ivry, ce matin-là, alors que Paris ressemblait depuis une semaine à une zone sinistrée, ils étaient interdits. Sylvestre avait glissé une pièce dans la fente par fantaisie, et miracle !, avaient surgi peu après quatre photos de son visage boutonneux, bien reconnaissable à ce sourire narquois qu’il traînait depuis le berceau. Les deux amis avaient ensuite couru vers le photomaton de la place d’Italie, mais là, rien, pas plus que dans les trois autres qu’ils avaient visités ensuite. Tous les autres photomatons étaient en panne.

Comme cette exploration avait commencé à leur coûter un peu cher, ils étaient revenus à la station de la Porte d’ivry et avaient recommencé le test. Quatre photos de Hugo étaient ressorties quelques minutes plus tard, avec ce regard fier que son ami admirait. C’était donc ici que l’Image se cachait ?

– Est-ce qu’on les prévient, Hugo ?

Réflexe naturel du bon citoyen. Mais prévenir les autorités, ne serait-ce pas éveiller la panique autour de ces quatre mètres cubes où l’Image se blottissait ? Dilemme… Et puis la voix se fit entendre, une voix haut perchée aux accents de cantatrice, douce et fraîche comme un ruissellement. Une mélodie au registre profond, teintée d’un léger tremblement :

– Ne dites rien…

Sylvestre sursauta et se rapprocha de son ami. La voix avait semblé surgir de l’objectif du photomaton.

– Qui parle ?, lança Hugo, en essayant de garder un ton ferme malgré sa surprise.

La même voix répéta de ne rien dire. Hugo n’osait pas deviner, tout cela était trop absurde. Mais le ruissellement reprit :

– Oui, je suis celle que vous appelez l’Image du monde. Qu’est-ce que je fais cachée dans un photomaton ? La grève ! J’en ai assez de la façon dont on me traite, dont on me manipule, dont on me tord dans tous les sens ! J’en ai marre et… j’ai peur.

Peur ! L’Image avait peur des hommes ! Elle avait des sentiments ! Ce n’était pas un pâle reflet déformé de la réalité ! Les pensées se bousculaient dans la tête de Hugo. Soudain, une autre voix, masculine cette fois-ci, se fit entendre à l’extérieur du photomaton :

– Qu’est-ce qui se passe là-dedans ?

Sylvestre passa la tête à l’extérieur, puis à l’intérieur :

– La popo…
– Sortez de là, insista la voix masculine.

Sylvestre montra sa tête au gendarme, et bredouilla :

– On ne peut pas. Mon ami est coincé.
– Coincé ? Je vais l’aider à…
– Non ! Heu… plus tard. Là, il est bien.
– Comment ça il est bien ?
– En fait, il s’est coincé exprès. Pour voir.

Le policier écarta les rideaux de la machine et Sylvestre avec. Mais à peine posa-t-il le pied à l’intérieur de l’appareil qu’il disparut. On entendit un grand bruit de boulons et de crissements, puis une photo ressortit à l’effigie de l’homme à l’uniforme. Un visage portant une expression de terreur. Sylvestre tressaillit :

– Hugo…

La voix de tête couvrit ses claquements de dents :

– N’ayez crainte, je ne mange que ceux qui sont plus attachés à moi qu’à la vérité.

Hugo, qui avait observé la disparition du gendarme sans mot dire, fixa l’œil du photomaton :

– J’avoue que je ne pige plus. Vous dites avoir peur de nous, et en même temps vous nous absorbez à volonté. Pourquoi ne pas ressortir ? Il y a de quoi ripailler dehors !
– Ce n’est pas de vous que j’ai peur, mais des faux aspects de moi-même. Je suis comme le dieu Janus : j’ai deux visages, l’un bon et l’autre mauvais.

Sylvestre fronça les sourcils. Ça philosophait trop à son goût. Il prit le bras de Hugo et l’entraîna hors de l’appareil. Le regard fixé sur le photomaton, il s’approcha de l’oreille de son ami :

– Ecoute, ces krishnasseries, j’y comprends rien. Ce que je veux savoir, c’est ce qu’on va faire. On la balance ou pas ?

Le regard de Hugo était devenu brillant. Un léger rictus se dessina sur ses lèvres. Sylvestre recula :

– Qu’est-ce qu’il y a, Hugo ? Toi aussi tu me fais peur...
– Reste-là.

Hugo retourna à l’intérieur du photomaton. Sylvestre entendit chuchoter pendant quelques minutes, regardant à droite et à gauche, sautillant d’un pied sur l’autre, ne sachant trop que faire. Finalement, il vit son ami ressortir, arborant un sourire triomphant.

– Syl, tu vas filer à la station de radio la plus proche, et tu vas dire exactement ceci : l’Image se cache dans le photomaton de la porte d’Ivry ; c’est là que vous pourrez là voir, à condition de respecter à la lettre cette unique consigne : rentrer un par un dans l’appareil.

Il n’en fallut pas davantage au cerveau de Sylvestre pour comprendre le machiavélique projet de son ami. Il tremblait désormais de la tête aux pieds. Il tenta d’articuler quelques mots pour dissuader Hugo :

– Ça ne marchera jamais. Les gens comprendront vite que l’Image peut les bouffer.

Hugo soupira, davantage à cause de la tristesse de l’explication qu’il s’apprêtait à donner que parce qu’il la croyait superflue. Il se contenta de quatre mots, aussi secs que les quatre flashs du photomaton de la Porte d’Ivry :

– Ils viendront quand même.

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20.08.2006

horror aurore

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Horror, ton requiem sonne la fuite des impostures. La mort qu'elle te donne est le pardon le plus sûr.

Elle ? Aurore, son feu s’élève au-dessus des marais. Qu'on s'abreuve de sa sève, qu'on s'arrache au passé !

Rien n'est plus vain qu'un mi-chemin doublement meurtrier. Les morts-vivants finiront – ou bien nous les aideront – par s'entredévorer.

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03.06.2006

Éclosion

C’était un mercredi soir et les feuilles des arbres avaient jauni, s’étaient enroulées sur elles-mêmes, puis déroulées en soupirant. Il n’était pas loin de neuf heures et l'eau jaillissait des trottoirs en geysers boueux. Tu étais assise sur le sable. La nuit venait de tomber, et tes yeux de se relever du chaos.

Ta véritable naissance était en cours, issue de ton imagination et de ton expérience. Tu étais à mi-vie et tu avais bien failli te dissoudre dans le magma des aveuglements scénarisés, ou te laisser rigidifier par un mot d'ordre mimétique, résigné. C’était une sensation de feu à présent, douce comme la veinule d’un être aimé dont on suce la chaleur, apaisante comme du lait coulant sur la peau d'un enfant.

Ce qu’il y avait sur l’autre rive n'était plus en question. Ta peau vibrait de désir en caressant les possibles. Pour découvrir un nouvel océan, m'expliquas-tu plus tard, il faut haïr un temps le monde connu, c’est-à-dire le voir pour ce qu’il n'est plus, s’y sentir étrangère et pourtant légitime, être à deux doigts de s'y noyer, y manquer d'air à force de déracinement.

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